| Vers
des hommes bioniques ? Jean-Pierre de Mondenard Médecin du sport |
| Si la préparation physique des pionniers du Tour relevait de l’empirisme, un siècle plus tard, les méthodes ont bien changé, pour le meilleur... et parfois pour le pire. |
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En 1903, la plupart
des coureurs du premier Tour sont des cyclistes occasionnels, voire des
néophytes. Et même pour les rares professionnels
l’improvisation la plus totale
règne sur l’hydratation, la nutrition de l’effort,
l’entraînement et les soins. Des recettes empiriques et une obsession : boire La principale
caractéristique de l’entraînement
consistait alors à faire disparaître « tout
poids superflu ». Le menu
de l’athlète comprenait des aliments riches et de peu de
volume, des viandes
rôties – bœuf ou mouton –, mais sans gras, une
grande quantité d’œufs crus ou
très peu cuits, peu de légumes, peu de pain et enfin une
diminution graduelle
de la quantité de boissons. Les coureurs emportaient
d’ordinaire un morceau de
citron, pratique d’un autre âge qui conservera longtemps
des adeptes. Vers un progrès des méthodes et une adaptation des règlements Jusqu’en 1967,
les coureurs du Tour de
France ne pouvaient se ravitailler que dans des secteurs
délimités à l’avance,
appelés « contrôles de
ravitaillement ». Depuis, les organisateurs,
sur les indications des experts médicaux, ont
considérablement assoupli ce
diktat. Quelles que soient les conditions climatiques, les coureurs
peuvent se
ravitailler tout au long du parcours en boissons fraîches
(après le
cinquantième kilomètre et jusqu’à
20 kilomètres avant l’arrivée). Pour les
échappées, en l’absence de la voiture du directeur
sportif, ce ravitaillement
s’effectue à partir d’une moto de
l’organisation. La « charge » des géants de la route Dès le
premier Tour, en 1903, les coureurs
utilisent les « médicaments toniques et
reconstituants » de l’époque,
parmi lesquels on trouve pêle-mêle l’alcool,
l’arsenic, la caféine, l’éther, le
fer, l’huile camphrée, le phosphore, la strychnine !
Plus tard, en 1955,
le Français Jean Malléjac, victime d’une terrible
défaillance sur les pentes
surchauffées du mont Ventoux, fut soupçonné de
dopage. Quatre ans plus tard,
selon l’hebdomadaire Miroir Sprint, les organisateurs du Tour réunissaient les
soigneurs afin
d’attirer leur attention « sur les dangers
présentés par de telles
pratiques et sur l’immoralité de la chose ».
Avec l’appui du médecin du
Tour, une motion fut rédigée et adressée à
l’Union cycliste internationale
(UCI) pour demander une législation régissant la
profession de masseur-soigneur
et instaurant un contrôle antidopage. L’année
suivante, en 1960, le Dr Pierre
Dumas, médecin du Tour de France, en entrant dans la chambre du
champion
italien Gastone Nencini, le trouve allongé sur son lit,
« les deux bras
reliés à un bocal, se prêtant à une double
perfusion de sérum à base d’hormones
mâles ». Devant cette dérive, les organisateurs
réunirent les médecins
présents sur la course. L’un d’eux, le Dr Robert
Boncour,
annonce de façon prophétique :
« D’effroyables dangers menacent la
vie du champion-cobaye transformé en champion-suicide. [...] Il
importe au plus
haut degré que les intéressés,
c’est-à-dire les sportifs en général et les
coureurs en particulier, en soient dûment et clairement
avertis. » En
1962, une dizaine de coureurs abandonnent pour cause
d’intoxication
alimentaire. D’une voix unanime, ils mettent en cause
l’absorption de poisson
peu frais. Selon un médecin, « il s’agissait en
réalité de l’introduction
des morphiniques dans le Tour ». Une course sans fin entre contrôles et « progrès » du dopage Le 28 juin
1966, les cyclistes
subissent le premier contrôle antidopage de l’histoire. Le
3 juillet,
deuxième contrôle. Ces deux séries de
prélèvements révèlent six cas de dopage
aux amphétamines. Après de longues procédures, les
coureurs seront relaxés, car
la preuve n’a pu être faite qu’ils avaient
absorbé « sciemment » des
produits dopants. Un an plus tard, Tom Simpson mourait sur les pentes
du mont
Ventoux. Selon l’autopsie, les amphétamines ont
joué un grand rôle dans ce
décès. Les stimulants ne sont pas directement
responsables de la mort du coureur
britannique, mais l’effort intense et la chaleur ont
potentialisé les effets
secondaires fatals des substances absorbées. En 1978, nouvelle
tempête sur le
Tour : Michel Pollentier, le maillot jaune, est
« expulsé » pour
avoir tenté d’utiliser l’urine d’un tiers
dissimulée dans une poche plastique.
En 1988, Pedro Delgado, contrôlé positif avec un masquant
d’anabolisants,
remporte le Tour. Quelques années plus tard, la sortie
complète de l’équipe PDM
pour « syndrome grippal » alimente à
nouveau la chronique du dopage. Savoir + |
| MONDENARD Jean-Pierre de Dictionnaire du dopage Paris : Masson, 2003. MONDENARD Jean-Pierre de Nutrition de l’effort : les 13 erreurs alimentaires du sportif Paris : Éditions Ardix Médical, 1994. RICHE Denis L’Alimentation du sportif en 80 questions Paris : Vigot, 1998. |
Résultat final CRCP 07